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Après 8 ans la NATCOM verse des miettes dividendes à l’État Haïtien: signe de faillite !

 

Depuis huit ans qu’elle mène ses opérations en Haïti, la Natcom verse enfin des dividendes à l’État haïtien. Au cours d’une conférence donnée de concert avec des représentants de la BRH et du Ministère de l’Économie et des Finances (MEF), dans ses locaux, la Natcom a présenté des chèques symboliques libellés respectivement à l’ordre de la compagnie Viettel Corporation du Vietnam, propriétaire de 60% des actions de la Natcom et de la BRH détentrice des 40% restants. En outre, la compagnie de téléphonie et d’Internet a aussi présenté à la presse un autre chèque symbolique pour montrer qu’elle va s’acquitter de ses obligations fiscales envers l’État. En effet, elle a payé 20% sur ses dividendes chiffrés à 118,8 millions de gourdes selon un article paru dans le journal Le Nouvelliste en date du 18 mars 2018.

Aujourd’hui donc, la Natcom S.A. composée à 60% d’investissements privés détenus par Viettel Corporation Company, filiale de Viettel Corporation Military Company, vient de reverser pour la première fois à l’État haïtien à titre de dividendes 79,2 millions de gourdes, soit l’équivalent au taux de 66 gourdes de 1,2 million de dollars américains. Pour un actionnaire qui dispose de 40% des parts, cette somme devrait interpeller. De pareils chiffres pour le deuxième opérateur du pays qui, par ailleurs, dispose de toutes les licences de services de télécommunications (mobile fixe, voix et data tous services inclus) portent à penser que cette société dégage très peu de bénéfices.

Cela dit, il conviendrait peut-être de revenir sur des notions de bases fiscales en rappelant ici le principe de revenus et de bénéfices. Les dividendes correspondent aux bénéfices réalisés après le paiement des taxes sur les revenus de l’entreprise. Or, la Natcom S.A. s’est abstenue de communiquer le montant des taxes qu’elle a reversé à l’État. Cette information aurait pour mérite d’éclaircir la lanterne des contribuables sur la gestion transparente des entreprises appartenant au secteur public.

Quoi qu’il en soit, ce montant de 1.2 million de dollars semble pour le moins minime compte tenu des investissements consentis par l’opérateur pour en arriver à un tel résultat après ces années d’opération.

Cette situation amène inévitablement à s’interroger sur la rentabilité du secteur des télécommunications en Haïti. Il est établi à l’échelle internationale que les investissements nécessaires pour déployer des réseaux de télécommunications sont lourds. Les modèles de plans d’affaires prévoyaient des retours sur investissement sur des périodes d’environ dix ans tout en maintenant un niveau d’investissement adéquat.

Or, les efforts importants réalisés par les opérateurs de téléphonie mobile européens pour maintenir le niveau d’investissement sur les 8 dernières années ne semblent pas suffisants pour leur permettre de déployer les nouvelles technologies aussi rapidement que souhaité. En effet, la durée théorique du cycle d’investissement des opérateurs en Europe se heurte à une durée des cycles technologiques désormais inférieurs à ces cycles d’investissement (exemple, l’évolution technologique de la 3G vers la 4G LTE et maintenant vers la 5G dont les tests ont commencé).

En Haiti, cette situation est encore plus compliquée en raison du faible ARPU pour les opérateurs ( Average Revenu Per User ou revenu moyen par utilisateur en français ) , 5.5 dollars USD en comparaison des 40 USD en Europe et environ 50 USD aux États-Unis. Si on y ajoute les coûts d’opérations exorbitants découlant entre autres de la nécessité de ravitailler en carburant les sites cellulaires, on comprendra à partir de ces quelques données que les retours sur investissement dans le secteur des télécommunications en Haiti ne sont pas aussi mirobolants qu’il n’y parait et que les défis pour maintenir l’équilibre financier sont nombreux et complexes.

De plus, les opérateurs traditionnels du secteur des télécoms sont confrontés à de nouveaux défis liés notamment à l’entrée sur le marché de nouveaux acteurs.

Ces nouveaux acteurs « téléphoniques », communément surnommés OTT « over-the-top » dont le sigle signifie qu’ils créent de la valeur « par-dessus » le réseau des opérateurs sans leur reverser de contrepartie financière. Cette prouesse technologique a été rendue possible grâce à l’apparition de la VoIP (Voice over IP). Ces OTT, comme Facebook Messenger, WhatsApp, Viber ou Skype pour les plus populaires, ont connu une croissance fulgurante en s’appuyant sur le réseau des opérateurs télécom pour diffuser leurs contenus et créent un véritable déséquilibre économique.

Ces acteurs captent une grande partie de la valeur financière à travers des services générant un trafic sans cesse croissant, alors que d’autre part, les opérateurs mobiles voient leurs marges se réduire du fait du manque à gagner tout en étant dans l’obligation d’implémenter des réseaux toujours plus performants. Ce qui pose inévitablement des questions essentielles sur le développement numérique en Haiti et les décisions qui doivent être prises pour permettre aux opérateurs locaux (Digicel et Natcom) d’investir dans les infrastructures afin de répondre aux attentes des clients qui ont soif de services mobiles performants et d’une connexion Internet à haute vitesse.

Face à cette situation, les dirigeants haïtiens doivent prendre les mesures qui s’imposent. Cela ne peut se faire que si une approche convergente et cohérente est adoptée afin d’atteindre les objectifs de croissance économique souhaitées. Sinon, les opérateurs de la place risquent de rentrer dans une spirale financière dangereuse avec des résultats comme nous l’avons vu dans le passé lorsque des compagnies comme la Comcel que nous pensions bien ancrées ont disparu du jour au lendemain de notre paysage.

Le temps nous fait défaut et il est clair qu’Haiti prend du retard et qu’il est impératif que le débat technologique s’ouvre et soit maintenu de façon transparente entre tous les acteurs afin de permettre que les décisions appropriées soient prises et les politiques adéquates mises en œuvre.

Pour conclure, les nouvelles technologies comme le 4G LTE constitueront des relais pour compenser la baisse des revenus générés par les appels téléphoniques sur les réseaux mobiles. Ces nouvelles technologies sont les seules alternatives crédibles sur le marché du haut débit et s’avèrent nécessaires pour assurer la survie des entreprises du secteur, des emplois qu’elles génèrent et de leurs contributions aux recettes fiscales en Haiti. Néanmoins, cette alternative ne semble possible que si les bonnes décisions sont prises dans les meilleurs délais.

 

Source :LE NOUVELLISTE 

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