Mobile

Les caisses populaires haïtiennes face aux défis des services financiers numériques et de l’inclusion financière

 

«Nous voulons voir dans un avenir pas trop lointain la petite marchande de fruits de Pétion-Ville, la boutique du coin de la rue St-Honoré, l’artiste ou l’artisan de Boutilliers, la vendeuse de Dous Makòs à Petit-Gôave, le paysan de Value recevoir le paiement pour leurs marchandises à travers une carte de débit délivrée par la banque ou la caisse populaire de son client en toute sécurité, et ce avec le même niveau de service d’une boutique de luxe de Pétion-Ville ou d’un grand supermarché.» Tel a été le rêve partagé par le gouverneur de la BRH, Jean Baden Dubois, avec son assistance à l'occasion du lancement du projet du processeur national de paiements (PRONAP), le 27 juillet 2016.

Le PRONAP est une plateforme qui permettra aux banques, aux caisses populaires et à d'autres institutions non bancaires d'offrir une vaste possibilité de choix d'instruments de paiement électroniques. Le projet du Processeur national de paiements a pour objectif de doter le pays d’infrastructures de paiement et de règlement modernes tout en assurant l’interopérabilité entre les différents moyens de paiement et les différents acteurs financiers, d’une part, et ,d’autre part, de promouvoir l’inclusion financière.

Il s'agit d'une bonne nouvelle qui permettra notamment aux caisses populaires de rentrer dans la modernité et de combler près de 15 ans de retard technologique. En effet, depuis 2002, les caisses populaires devraient entamer le processus d'accès à la chambre de compensation de la BRH qui leur donnerait l'opportunité de participer à la création de monnaie comme les banques en émettant des chèques et des monnaies électroniques comme les cartes de débit et de crédit. Si les caisses avaient emprunté cette voie, cela aurait été un levier formidable pour accorder beaucoup plus de prêts, soit plusieurs fois la valeur de l'épargne détenue.

À cette époque, des institutions financières, notamment des IMF de l'Afrique et de l'Amérique latine, commencèrent déjà à utiliser de nouvelles technologies dans l'offre de services financiers bien avant les pays dits développés de l'Amérique ou de l'Europe. Citons, parmi une multitude d'expériences, celle de PRODEM en Bolivie. PRODEM FFP (Fonds financier privé) est une institution de microfinance constituée en Bolivie en 1999 dont l’objectif principal est de fournir des services financiers durables à des micro, petites ou moyennes entreprises en zones rurales et urbaines.

En mai 2001, PRODEM a lancé des cartes à puce et ATM (distributeurs automatiques de billets de banque) avec reconnaissance des empreintes digitales et instructions vocales pour satisfaire, entre autres, les besoins de ses clients ruraux dont certains ne savent pas lire et n'ont pas de pièces d'identité. Déjà, en 2003, PRODEM avait le plus large réseau de succursales en Bolivie, avec 63 bureaux dont 23 en zones urbaines et 40 en zones rurales. Les clients payaient $ 10 US pour ouvrir un compte et des frais annuels de $ 7US, une année après l’ouverture du compte (LA MOBILISATION DE L’EPARGNE…, Isabel Dauner Gardiol, Intercoopération, Berne, février 2004).

Les cartes de débit comme celles de crédit que le gouverneur rêve de mettre dans les poches même des modestes gens sont des espèces en voie de disparition rapide (EVDR) qui suivront le même sort que les chèques. Mon rêve de coopérateur utilisateur de produits financiers va beaucoup plus loin que celui du gouverneur. Il s'inscrit davantage dans la modernité des services financiers numériques de la deuxième génération.

Je rêve, sans me déplacer, à partir de mon portable, de gérer mon compte domicilié à la KOTELAM ou à la caisse d'Anse-d'Hainault, ou encore à celle de Thiotte, pouvoir le consulter et en faire des transactions sept jours sur sept et vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Je rêve d'utiliser mon compte sur mon portable pour recevoir mes honoraires et d'en disposer pour payer un livre sur Amazon, un billet d'avion en ligne, expédier un transfert au profit de ma tante Mme Dagrin résidant à Marbial, payer l'école de mon garçon, régler mes factures d'électricité, etc. Je rêve aussi d'utiliser mon téléphone pour payer un médicament dans la Pharma-Coop de mon quartier, mes produits de consommation dans le Magasin-Coop dont je suis sociétaire…

L'agriculteur, le professeur ou la dame sara de Mabriole ont aussi besoin des mêmes services que moi. Ils rêvent sûrement de recevoir leurs transferts du Brésil, du Chili ou de la France sur leur téléphone et gérer la somme reçue en effectuant des tirages en fonction de leurs besoins dans leur localité sans se rendre en ville à Marigot ou à Belle-Anse.

Je rêve aussi de formuler ma demande de crédit sur mon téléphone et d'obtenir un prêt rapide dans quelques minutes, sans me rendre à ma caisse, sans besoin d'avaliseurs, d'agents de crédit et même de comité de crédit. Tout sera fait par des machines utilisant l'intelligence artificielle, l'algorithme et le big data programmées pour être beaucoup plus fiables que l'intervention humaine.

Mon rêve, loin d'être une pure illusion ou une débile utopie, fait partie de la réalité des clients des IMF de la plupart des pays africains ou de l'Amérique latine. Nous n'allons pas inventer ni réinventer la finance de demain. Nous n'avons qu'à acquérir les technologies nécessaires et les adapter au besoin. Elles nous coûteront beaucoup moins cher que les immeubles extravagants, les meubles luxueux et les robustes tout-terrains de certaines caisses populaires.

Si le mouvement des caisses populaires haïtiennes n'œuvre pas pour matérialiser mon rêve, des fintech (start-up utilisant la technologie pour offrir des services financiers avec ou sans les banques), les opérateurs de téléphonie mobile, mais aussi les géants de l'Internet (Apple, Google, TWITTER, Facebook) le feront. Ces derniers ont déjà débuté dans la finance numérique. Apple avec Apple Pay, Google avec Google Wallet…

Plus d'un prédit la mort de la banque et de la monnaie dans un proche avenir. Je ne souscris pas à ce pronostic alarmiste et sensationnel. Cependant, je crois dur comme fer que la finance, telle qu'elle est pratiquée par les institutions traditionnelles, est appelée à disparaître, et avec elle toutes les institutions (banques, caisses, assurances) qui ne prennent pas le cap de l'innovation, qui ne changent pas leur modèle économique.

Je vous promets très bientôt un document provisoirement intitulé « COMMENT LE NUMÉRIQUE CHAMBARDE LE PAYSAGE FINANCIER » et sous-titré : Les Caisses Populaires haïtiennes face aux défis des services financiers numériques et de l'inclusion financière. Il présentera le panorama des services financiers numériques à travers le monde et un état des lieux des initiatives haïtiennes, et fournira aux caisses populaires des propositions et recommandations pour prendre un raccourci technologique pour bondir de la caisse à la caisse 3.0. Il s'agit de sortir des services financiers traditionnels actuels pour passer directement aux services financiers numériques de deuxième génération (épargne, crédit, assurance) en utilisant les canaux numériques: le téléphone portable et les terminaux de point de vente (TPV).

Les sociétaires et la population en générale, tant en milieu urbain et qu'en milieu rural, attendent des caisses populaires, des solutions financières simples, mobiles, rapides et à faible coût qui faciliteront leur vie et qui leur apporteront l'inclusion financière et aussi sociale. Le défi est de taille et les caisses populaires doivent réussir le pari de l'innovation ou se marginaliser si elles arrivent à survivre!

 

Nonais Derisier Saincelair, Économiste 

Click to comment

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Most Popular

An emerging technology news provider world wide. It helps reader to get the updated technology news. A right place for knowing the emerging technology, mobile technology, software, infrastructure and its business.

Reader one stop place for all tech news.

Copyright © 2016. Poweredby WordPress, Designed & Maintained by Umer Qaisar.

To Top