Home Technology COVID19- HAITI: UNE CRISE DE COMMUNICATION GOUVERNEMENTALE .

COVID19- HAITI: UNE CRISE DE COMMUNICATION GOUVERNEMENTALE .

Le gouvernement n’a pas réussi, à la fin mars, à convaincre suffisamment de citoyens de prendre des précautions. Probablement par crainte de générer de la panique, il n’a pas su sensibiliser largement l’opinion sur les risques de la maladie. Or s’ils n’éprouvent pas d’inquiétudes, les citoyens ne sont pas enclins à changer radicalement leurs habitudes.

L’Etat n’a pas assez pris en compte la dimension émotionnelle de ce type de crise. Aucune argumentation rationnelle ne permet de combattre une mise en scène fondée sur l’émotion et l’ignorance .. En d’autres termes, les témoignages de victimes ou de leurs proches sont bien plus efficaces pour activer l’amygdale, qui régit la peur dans notre cerveau, qu’une courbe de mortalité. Surtout si ces victimes ont des visages diversifiés et pas seulement celui de personnes âgées, afin de faciliter le processus d’identification. Le gouvernement s’est limité à un discours statistique «mensonge», qui a laissé de marbre des haitiens, ceux qui déclaraient ne pas être inquiets dans un sondage ou sceptique. Outre le recours à des témoignages, le gouvernement aurait pu solliciter des personnalités, en dehors du monde médical, des célébrités qui auraient relayé les messages de prévention .

Mais c’est surtout le manque de cohérence dans le discours et dans les décisions prises par le gouvernement qui a grossi le rang des «corona-sceptiques». Dans les situations de pénurie ou de danger, les chefs qui sont portés au pouvoir chez les chimpanzés sont en général plus durs, plus courageux voire parfois tyranniques qu’en temps normal. Un chef sûr de lui, inspirant confiance, peut largement contribuer à repousser la panique. Sur ce plan, les contradictions et hésitations du gouvernement ont impacté son capital confiance disparu des années auparavant .

les enjeux politiques auraient-ils été privilégiés par rapport aux exigences de santé publique ?

De même, la stratégie de mise en quarantaine promue par le gouvernement a ses limites dans un contexte où les tests au Covid-19 sont une denrée rare. Comment détecter les personnes méritant d’être mises en quarantaine quand le test est réservé aux cas les plus graves  ?

On peut penser que le manque de cohérence du gouvernement dans cette gestion de crise sanitaire, en alimentant le scepticisme, a largement contribué à l’indiscipline et l’ignorance des Haitiens. Pour sensibiliser la minorité de «corona-sceptiques», Jovenel Moise a alors opté pour la méthode forte : le confinement total avec sanctions pour les désobéissants. Une maladresse, sachant que le cerveau retient le mot panique mais pas la négation abstraite pas..

La population est sous-informée de la pandémie Covid-19 et mesures de prévention

La population fait fi des mesures de prévention et de distanciation sociale en raison de leur scepticisme face aux agissements du gouvernement depuis le début la pandémie du Covid-19. 

– La crédibilité du gouvernement est mis en doute (le gouvernement n’a pas de figure crédible devant se charger de sa communication).

– La population croit qu’il a rétention d’informations (la population croit que le gouvernement lui ment et lui cache des informations)

– l’incohérence des discours et déclarations des membres du gouvernement (le gouvernement demande aux gens de garder la distance sociale. Pourtant des entités de ce même gouvernement réunis des centaines de gens dans un espace public sans aucun contrôle.

– L’unilatéralité / la verticalité des communications.  (Le gouvernement décide de l’arrêt des activités sans pour autant contacter les acteurs qui peuvent l’aider à faire respecter cette décision).

Que nous apprend la communication pour le développement / C4D ?

Dans le cas d’Haïti, surtout en cette période de crise, la communication ne doit pas reproduire le pouvoir mais de constituer un instrument de transformation sociale : horizontal, participatif, populaire tel que le soutien Paulo Freire (1970)

Le recours au C4D, sigle correspondant à l’anglais Communication for development /Communication pour le développement qui est un outil d’influence sociale et politique. Elle favorise la participation et le changement social grâce aux méthodes et aux instruments de la communication interpersonnelle, aux médias communautaires et aux technologies modernes de l’information.  Elle dispose des outils et des moyens communication de masse (radio, télévision, médias sociaux) ainsi que des moyens hors media (rencontre, atelier, visite de terrain, débat public, évènement de porte à porte). Elle encourage la participation démocratique telle qu’elle est énoncée dans les méthodes de la communication collective de Jean Routier et Alice Labrèque (2004).

La communication pour le développement est un véritable « droit de savoir » pour reprendre les termes d’Edwy Plenel. Elle facilite l’accès à l’information, permet aux citoyens de participer et de s’impliquer au changement que les acteurs politiques ou économiques veulent les inciter à faire tout en ayant de grandes influences sur les politiques publiques.

Ce modèle de communication a déjà porté ses fruits aux  États-Unis et dans plusieurs pays du continent africain. Les travaux de (Ryan et Gross, 1943 ; Katz et Lazarfeld, 1955), sur le processus de diffusion des innovations et la théorie « two-flow », du « double flux de la communication » en sont les exemples probants.

Pour informer et sensibiliser la population aux dangers du Covid-19, le gouvernement doit solliciter l’accompagnent des leaders d’opinion. Rogers les appelle des « homophiles (personne du même milieu) ». Une personne est plus apte à croire un leader de son milieu. À preuve, nous pouvons analyser le fonctionnement du secteur protestant en Haïti.

De plus, Roger insiste sur le rôle de la communication interpersonnelle par rapport aux médias de masse.  En effet, alors que les médias ne peuvent que transmettre l’information, les canaux interpersonnels de communication seraient beaucoup plus aptes à susciter l’intérêt et à motiver la population pour un changement de comportement.

Le gouvernent haïtien à travers le Centre d’information permanente aurait dû prioriser la communication horizontale et multilatérale qui inclurait tous les acteurs de la société civile, les leaders locaux, les leaders religieux, les associations de base et les chefs de parti politique.

En adoptant ce modèle le gouvernement aurait favoriser l’apprentissage informel et l’émergence de nouvelles méthodes d’échange et de partage d’information entre le gouvernement, les élus locaux, les représentants d’organisation de base, les responsables de quartiers, etc. Cela aurait rapproché les points de vue et faciliter l’échanges d’idées entre experts du ministère de la Santé publique et les différentes souches de la population sur la pandémie.

Rogers identifie cinq étapes dans une décision d’adoption d’innovation

Exposition / connaissance – l’individu est exposé à l’information. 2- intérêt et persuasion – l’individu forme une attitude. 3- évaluation et décision – l’individu fait son choix de façon active ou passive. 4- test / mise en œuvre – l’individu fait face à l’incertitude des conséquences via sa propre expérience ou l’observation des autres. 5- adoption / confirmation de la décision.

La communication pour le développement se serait servi des rites, des mythes, des pratiques ancestrales et symboles d’identification pour informer et sensibilisation la population. Si la communication en période de crise a pour objectif de clarifier les enjeux et les intentions de chacun a des fins de changement d’attitudes / d’habitudes et comportements la communication pour le développement propose une approche de proximité en publiant des affiches / livrets pédagogiques / infographie attractive sur le Covid-19, lançant des récits numériques afin de raconter des histoires de manière tangible à la construction de la réalité…  

Le gouvernement a un déficit énorme de communication. La communication participative et collective n’est pas priorisée. Alors que pour faire face à la pandémie, il faut que la population change de comportement ou d’habitude. Selon l’approche de Paulo Freire, il serait quasiment impossible de vouloir opérer des changements dans une communauté sans que les habitants / riverains n’y participent. Cela revient à critiquer de nouveau la communication verticale et unilatérale qui priorise le gouvernement.

En période de crise, il est inévitable de communiquer pour atteindre le plus large public possible. D’intégrer le plus d’acteurs possible dans le processus de changement que l’on veut opérer dans les communautés. La communication pour le développement aide grandement à promouvoir la participation et communiquer pour changer.

Quant aux précautions à prendre, si elles sont plutôt claires, leur mise en œuvre relève d’un challenge compte tenu de la pénurie des moyens préconisés par l’Etat. Il est difficile de suivre les instructions de lavage des mains quand les solutions hydro-alcooliques sont introuvables. Le discours de prévention a ses limites quand il n’est pas soutenu par des actes forts. Dans l’inconscient collectif, on peut douter qu’un objet aussi banal qu’un savon puisse nous protéger d’une grave maladie. Le masque protecteur serait nettement plus rassurant, il renvoie au monde médical et agit en «barrière» à la différence du savon, qui agit a postériori pour «nettoyer» le virus. C’est pourquoi de nombreuses voix, y compris au sein du corps médical, dénoncent le manque d’anticipation de l’Etat et la mollesse de sa réaction aujourd’hui. Pourquoi ne pas mettre un masque à disposition de l’ensemble des médecins, des pharmaciens et de tous les citoyens ?

Source :

https://lenouvelliste.com/article/214792/communication-de-crise-quel-modele-de-communication-serait-plus-approprie-pour-haiti

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