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HAITI : L’e-gouvernement dans le contexte du développement et du covid19

Si l’e-gouvernement constitue un défi majeur dans les économies développées, c’est encore plus le cas dans les pays en développement. Cela concerne les quatre domaines de l’administration : son rôle dans la promotion de la croissance économique et de la cohésion sociale, sa relation avec l’administré, son administration interne et sa relation avec l’environnement international. Dans chacun de ces domaines, les pays en développement rencontrent des contraintes en termes de capacité et d’infrastructure institutionnelles, de ressources financières et de compétences de la fonction publique, des problèmes qui caractérisent — et prolongent — les niveaux de développement inférieurs. L’écart entre ces pays et les économies développées risque de se creuser à mesure que ces dernières s’engagent de façon de plus en plus musclée dans l’économie de la connaissance, à l’instar du « fossé numérique » observé dans les pays en développement.

Cette situation exige que l’on s’intéresse à l’application des modèles d’e-gouvernement dans le contexte des pays en développement et en particulier à des stratégies de développement. Des efforts considérables sont consentis pour tirer parti du potentiel offert par les technologies électroniques dans le processus de développement. Ce que l’on sait moins bien, cependant, c’est si les implications, sur les stratégies de développement, ont tenu compte du fait que les économies postindustrielles se définissent de plus en plus comme des économies et des sociétés de la connaissance, soutenues et dirigées par une administration publique fondée sur la connaissance. Une hypothèse de travail est que cela souligne la nécessité de développer des théories du développement fondées sur la connaissance (un développement basé sur les TIC) avec une administration publique versée dans la technologie et autonome, jouant un rôle approprié.

Ce défi est combiné à des problèmes rencontrés par les pays en développement dans des domaines cruciaux pour l’e-gouvernement. Pour la plupart des pays en développement, les infrastructures électriques et de télécommunications (qu’il s’agisse de lignes terrestres ou sans fil) sont des points faibles. Le matériel et les compétences nécessaires pour que l’e-gouvernement soit efficace, tant sur le plan interne que dans ses relations avec le public, sont généralement coûteux — et importés et peu disponibles. La demande locale, tant du public que du secteur privé local, est considérablement plus faible que dans les pays développés, tandis que les grandes sociétés internationales de conseil et de technologie sont relativement plus puissantes que dans les pays développés, les contrepoids au sein de l’administration ou de l’économie nationale étant moins nombreux.

Bien qu’impressionnante, la situation n’est pas totalement morose. Beaucoup de pays moyennement développés ont entrepris d’ambitieux programmes visant à instaurer l’e-gouvernement en tant qu’élément moteur dans leur développement national. Même les pays les plus pauvres ont commencé à prendre des mesures de base, en adoptant des technologies appropriées et en introduisant des pratiques de gestion de l’information pour favoriser leur passage à l’e-gouvernement . Les organismes donateurs bilatéraux et multilatéraux s’intéressent de plus en plus à l’utilisation des TIC dans le développement et tirent parti du pouvoir de l’Internet pour partager les meilleures pratiques et soutenir les initiatives sur le terrain .

L’un des éléments les plus positifs de ces évolutions est le fait que les technologies globales peuvent atteindre des situations de développement local. Elles constituent dès lors une base de support bien plus riche pour les efforts de développement au niveau de la collectivité ainsi que dans l’administration publique . De la même manière que l’environnement « réseauté » modifie le modèle de gestion et de responsabilité au sein des administrations, il est probable qu’il modifiera la relation entre les pays développés et ceux en développement, en les rapprochant à plus long terme, en mettant l’accent sur l’interdépendance et en mettant fin à l’isolement. Ce processus ne sera facile pour aucune des parties — et il aura des implications profondes. Cependant, cela permet de penser, plus que tout autre élément, que l’histoire de l’e-gouvernement nous réserve encore de belles surprises.

L’e-gouvernement n’est pas non plus encore totalement intégré dans le milieu professionnel et de la recherche des administrations publiques. Le défi concerne la direction dans le monde de l’administration publique même, qui doit forger de nouvelles alliances disciplinaires et porter un nouveau regard sur ses propres hypothèses dans un paysage foncièrement nouveau.

Henry Beaucejour (Président , Haitian Caribbean Information Technology Council /HACARABTECH)

@hbeaucejour

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