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le jour où les réseaux sociaux ont pris leurs responsabilités de fermer le clapet de l’homme le plus puissant du monde

A l’heure où l’on parle, l’on n’avait jamais connu Donald Trump aussi silencieux. 

Depuis hier soir, pas une seule harangue sur Facebook. Pas une seule vidéo sur Instagram. Pas un seul tweet écrit en majuscules, comme s’il hurlait avec son clavier.  

Non, rien de tout cela : silence radio, ou plutôt “silence réseaux”. Et pour cause : les principales plateformes ont décidé de bloquer provisoirement Donald Trump.

Facebook, Twitter, Instagram et Youtube ont supprimé sa vidéo d’hier soir, dans laquelle il affirme “comprendre” ses partisans qui ont envahi le capitole.  

Un appel à la violence, selon ces plateformes.  

Le président américain ne peut donc plus rien poster pendant 12 heures sur Twitter, 24 heures sur les autres réseaux.  

Voilà le président américain privé de ses relais les plus directs avec ses soutiens.

Résumons cela plus brutalement : un réseau social décide de fermer le clapet de l’homme le plus puissant du monde (même si ce dernier vivait ses derniers jours de pouvoir, peu à peu lâché par les siens).  

Vertige d’une puissance qui change de camp. Historiquement, c’est le politique qui interdisait un moyen de communication. Désormais c’est le moyen de communication qui interdit un politique.  

Cela pose bien sûr d’immenses questions morales, démocratiques, éthiques.

“Sang sur les mains”

Quand on dézomme, ce qui s’est passé hier soir est l’aboutissement d’une prise de conscience des réseaux sociaux.  

A l’origine, ils se définissaient comme des plateformes neutres, indifférentes aux contenus partagés. Seuls les utilisateurs étaient responsables de ce qu’ils publiaient. 

Puis Twitter et Facebook ont progressivement reconnu une responsabilité éditoriale, bon gré mal gré, en traquant les fausses nouvelles, en identifiant les faux comptes, en contextualisant les contenus biaisés. Et en particulier, ces derniers mois, ceux du camp Trump.   

Jusqu’à hier soir, donc, avec cette sanction quasi-suprême : le verrouillage d’un compte présidentiel.  

Par ce geste extrême, Twitter ressemble à l’élève pris en faute, qui met les bouchées doubles pour se rattraper. Après des années de laissez-faire, de laissez-aller. 

Après tout, Trump était un utilisateur prolifique, actif, clivant, qui a généré de l’activité – et donc de la croissance sur ces sites.

« Vous avez du sang sur les mains ». Voici le cri de colère, hier soir, de l’un des premiers investisseur de Twitter, Chris Sacca, en direction des patrons de la plateforme.  

Hier soir, Twitter fut aussi le théâtre d’une autre inversion…

Oui, il était 21h25 quand la Turquie a appelé officiellement à la “retenue” et au “respect du droit” aux États-Unis. 

(Tweet posté par l’agence de presse gouvernementale turque.)

Comment ne pas voir l’ironie derrière ces quelques mots ? La retenue, le respect du droit… des termes que Washington utilise régulièrement pour évoquer les zones de conflits dans d’autres pays.  

Quand on y réfléchit, c’est d’ailleurs peut-être le premier coup de force aussi documenté en direct.  

Historiquement, les putschistes cherchaient à s’approprier le pouvoir et le monopole de l’information. Et donc, à maîtriser, grosso modo, le parlement et la télévision d’État.  

Hier soir, les trumpistes n’ont obtenu ni l’un ni l’autre. Le monopole de l’information est désormais inatteignable. En temps réel, les parlementaires, les journalistes, les assaillants eux-mêmes ont raconté l’événement sur les réseaux sociaux.

C’est peut-être la première insurrection filmée par autant de sources différentes.

Impossible, dès lors, d’imposer un récit unique des événements, comme dans l’ancien monde. Ces coups d’état-là n’existeront plus.  

Mais c’est aussi le cœur du problème : désormais, il n’y a plus de vérité commune – même pas un tronc commun minimal.  

C’est d’ailleurs ce qui a favorisé cette insurrection…

Ces milices sont persuadées d’avoir été volées dans “leur” élection. Pleines de ressentiment. Jusqu’à s’introduire au cœur du pouvoir.  

Une rage anti-élites, anti-parlementaire : il y a dans ce 6 janvier, quelque fumet du 6 février 34.  

Cela dit, n’observons pas cet événement comme une particularité trumpienne.  

Il y a quelques semaines, en Allemagne, des militants d’extrême-droite ont tenté d’entrer en force au au parlement.  

Souvenons-nous aussi qu’en France, il y a deux ans, dans un autre contexte, l’Élysée se barricadait. Les gilets jaunes n’étaient qu’à quelques dizaines de mètres de la présidence.

Et l’on passe sur les permanences parlementaires dégradées – autant d’agressions démocratiques à bas bruit, de coups de force décentralisés.  

Sommes-nous en train de vivre les coups de boutoirs qui enfoncent peu à peu les démocraties affaiblies ? 

Ou bien s’agit-il de quelques doses de poison, qui, comme pour le roi Mithridate, vont finalement renforcer le corps démocratique ?  

Frédéric Says

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