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le professeur Patrick Attié retrace les défis de la formation à distance en Haïti

Le professeur était l’un des premiers invités du nouveau programme « Corpuha au temps du Covid-19 », un espace d’échange et d’entretien qui vient d’être lancé, mardi, par la Conférence des recteurs, présidents et dirigeants d’universités et d’établissements d’enseignement supérieurs en Haïti (CORPUHA), pour permettre à différents acteurs de la communauté universitaire de placer leurs mots dans les débats sur les enjeux relatifs à l’avènement du coronavirus.

Abordant la question de l’enseignement à distance selon l’approche e-learning, Patrick Attié soutient que c’est à la fois un phénomène lié à la nécessité des choses et un « effet de mode ».  D’autres pays, notamment les plus développés, utilisaient bien avant la pandémie les outils technologiques pour procéder à la formation à distance. Pour lui, la formation à distance a   plusieurs avantages, notamment du point de vue de l’économie d’échelle. La mise en place d’un système de formation à distance permet d’offrir de la formation à des coûts moindres. Elle permet aussi de gérer le problème de sécurité de plus en plus en vogue dans un pays comme Haïti. Elle permet, dans une certaine mesure, de compenser la déficience en qualité et en standardisation.

Le professeur Patrick Attié croit toutefois que c’est une erreur de penser qu’on devait produire des contenus en Haïti pour assurer la formation à distance. C’est extrêmement difficile pour nous de prétendre produire de nouveaux contenus et d’apporter une vraie valeur ajoutée. Dans 99% des cas, les contenus sont déjà produits ailleurs. Ils ont été produits par des personnes hautement compétentes, précise Patrick Attié. « Produire des contenus coûte beaucoup d’argent. Les pays développés ont investi des millions de dollars pour produire des contenus », rappelle-t-il, avant de montrer que l’on ne peut pas prétendre faire pareil.

Les contenus aujourd’hui sont partout et gratuits. Les infrastructures pour faire de la formation à distance sont partout. Elles sont soit gratuites, soit très peu coûteuses. Notre challenge est l’accessibilité de ces formations en ligne pour nos étudiants. Or, l’étudiant de l’université haïtienne (appartient à la classe moyenne, donc n’appartient pas à la population la plus défavorisée ou plus favorisée non plus, économiquement) avec un petit pouvoir d’achat.

Les trois grands défis…

Malheureusement, chaque fois que nous avons à mettre en place un projet technologique, nous nous heurtons aux problèmes d’infrastructures. Et ces derniers, en ce qui nous concerne, sont de trois ordres, à différents niveaux de complexité et de solutions. Le premier, c’est l’énergie. C’est le plus gros problème. On a remarqué, ces derniers mois, que les problèmes énergétiques sont encore plus cuisants qu’ils ne l’étaient, il y a six mois, un an, deux ans, trois ans. « C’est un énorme frein à l’accessibilité des contenus à distance », avance Patrick Attié.

Le deuxième problème, c’est la connectivité. C’est un moins gros problème pouvant être mitigé par l’utilisation d’équipements contenant des contenus permettant à l’étudiant de travailler chez lui sans avoir à se connecter sur Internet.  Et le troisième problème est celui du matériel. Tous les étudiants n’ont pas les moyens pour s’acheter un ordinateur. Pour arriver à tenir une formation à distance, il faut qu’il y ait du matériel chez eux. Or,  tous les apprenants, considérant le profil-type de l’étudiant haïtien, n’ont pas les moyens de s’acheter un ordinateur. Si les étudiants ne peuvent pas se rendre dans des espaces universitaires, ils doivent travailler chez eux.

Outre les retombées sociales, la formation à distance est une  question essentiellement économique. Aujourd’hui, pour Patrick Attié, la survie de l’université haïtienne dépend de sa capacité à s’adapter à ses modes de fonctionnement. Soit on investit des centaines de millions de dollars dans des campus pour les rendre de classe internationale et qu’on puisse faire effectivement un travail comparable, plus ou moins développé dans ce domaine, soit on met en place des systèmes d’informations à distance qui sont au top niveau, avec un système d’accessibilité performant.

Le professeur croit que le monde s’inscrit dans un phénomène de massification des universités qui remet en question le modèle présentiel de l’Université haïtienne. « Est-ce que, dans cinq ans, l’université haïtienne présentielle existera encore, si elle ne s’adapte pas? », s’est interrogé Patrick Attié, croyant qu’il ne faut pas réinventer la roue, en profitant de ce que les autres ont inventé, se l’approprier et aller très vite, pour rester en vie dans quelques années.  Et, recommande-t-il, Haïti, déjà en retard, doit s’adapter, pour être compétitif par rapport à la machine de guerre mise en place à l’extérieur.

Worlgenson Noël/Lenouvelliste

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