Home Infrastructure l’école en Haïti ne sera plus la même : Innover ou s'éclipser

l’école en Haïti ne sera plus la même : Innover ou s’éclipser

Maguy Durcé, secrétaire d’État à la Formation professionnelle, intervenant en tant que représentante du ministre de l’Éducation nationale; Caroline Hudicourt, responsable du Consortium des organisations du secteur privé de l’éducation (COSPE); Nesmy Manigat , ancien ministre de l’Éducation nationale et Darline Alexis, officiant en tant que modératrice, telle est la constitution du panel de ce « Jeudi de Saint-Louis » du mois de juin réalisé, en tenant compte de toutes les contraintes imposées par la Covid-19, sous un format totalement virtuel.

La Covid-19 a fait son apparition dans un contexte où le secteur haïtien de l’éducation essayait tranquillement de se remettre du bouleversant épisode « peyi lòk » ayant privé les écoliers de plusieurs semaines de classe. A cause de la pandémie du nouveau coronavirus, les limites du système éducatif haïtien, ses sempiternelles faiblesses structurelles, sont donc révélées au grand jour.

 « Réduction des jours de classe … Difficulté de continuer l’apprentissage à distance faute d’une alimentation fiable en énergie électrique et d’une connexion internet stable et accessible … Appauvrissement de la population, donc des écoles et du corps enseignant … Risque de perte des professeurs … Possible décrochage scolaire des enfants qui étaient déjà en difficulté … »

C’est la liste non exhaustive des difficultés drainées par la pandémie qu’a tenu à dresser l’éducatrice de carrière Caroline Hudicourt, directrice d’école et professeure de technologie de l’éducation à l’Université Quisqueya.

Pour l’ancien ministre de l’Éducation nationale Nesmy Manigat, « plus rien ne sera jamais comme avant ». Il fait donc allusion aux défis posés par les protocoles sanitaires qui obligent à repenser globalement les infrastructures et équipements scolaires, la formation à distance offrant de nouvelles possibilités de pratiques pédagogiques et d’interactions didactiques et aux nouvelles possibilités d’accompagner les parcours d’apprentissage des apprenants obligés de devenir de plus en plus autonomes. Aussi Nesmy Manigat appelle-t-il à un véritable partenariat national, municipal, local, tant de la part des acteurs étatiques que des acteurs non étatiques pour innover ou renforcer certaines réformes en cours.

Très attendue au tournant dans son costume de celle qui avait pour mission de porter la parole du ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) en tant qu’institution régulatrice du système éducatif et professionnel la secrétaire d’État à la Formation professionnelle, Maguy Durcé, en remplacement du ministre Agénor, a laissé entrevoir une possible velléité de transformer la crise sanitaire mondiale en opportunités par le ministère à travers des actions orientées vers la protection des enfants, des parents et des acteurs du secteur.

Des actions de prévention, certes, a précisé Maguy Durcé, mais qui tablent aussi sur la relance, la consolidation des initiatives déjà entreprises ainsi que la modernisation du système éducatif national tout en prenant en compte la faiblesse d’accès, de qualité, de pertinence de l’éducation et de la formation, les infrastructures scolaires inadéquates, des professeurs non certifiés et non qualifiés, le faible approvisionnement du pays en énergie électrique, des programmes éducatifs inadaptés, la carence en manuels, entre autres.

Fort de tout ce qui précède, les trois panélistes ont unanimement reconnu les opportunités offertes par la Covid-19 de repenser notre système éducatif à genoux à cause d’une énième fermeture des écoles, et de surmonter ses nombreuses lacunes pour enseigner et apprendre autrement.

En ce sens, Maguy Durcé dit voir dans la centaine d’écoles en cours de construction aux niveaux fondamental et secondaire et la construction en cours de 4 écoles de formation professionnelle une occasion d’augmenter l’accès aux formations scolaire et professionnelle par rapport à ces nouvelles infrastructures.

La secrétaire d’État a ensuite associé l’accès généralisé de la plateforme numérique scolaire et professionnelle du MENFP à une obligation d’améliorer directement le système d’apprentissage. Parallèlement, a-t-elle signalé, la formation professionnelle est en train de monter sa propre plateforme numérique.

A côté des actions conjoncturelles découlant du plan de réponse du ministère à la Covid-19, Maguy Durcé a évoqué quelques chantiers structurels sur lesquels planche actuellement le MENFP. Il s’agit, entre autres, de la finalisation du plan décennal 2020-2030, de l’élaboration de la réforme curriculaire, du cadre national de certification (qui sera lancé en juillet prochain), de la préparation de la loi de la validation des acquis et de l’expérience professionnelle.  

Malgré tous les efforts actuels, a souligné Nesmy Manigat, l’enseignement à distance en Haïti ne va pas faire une trop grande différence. Sauf pour  les écoles qui avaient déjà cette culture. De plus, beaucoup d’écoles n’ont pas la capacité de respecter la distanciation physique entre les élèves. L’ancien ministre a plaidé pour un dialogue inclusif – la solution idéale n’existe donc pas –, car, selon lui, l’école hybride sera tôt ou tard une réalité en Haïti, avec le numérique ou pas.  

Interpellée sur une possible date de réouverture des classes, la représentante du ministre de l’Éducation n’a pas été en mesure de communiquer de date et s’en est remise à la cellule scientifique et au ministère de la Santé (MSPP) en charge de se prononcer sur la fin de la pandémie.

Citant des chiffres approximatifs produits par le MENFP, Darline Alexis, la modératrice, a indiqué que 4,5 millions d’enfants en Haïti fréquentent l’école sous la responsabilité de 149 643 enseignants dans 20 900 établissements scolaires à travers le pays, tandis que 320 000 enfants en âge d’aller à l’école n’ont pas cette opportunité en raison du niveau de précarité avancé de leurs parents ainsi que l’incurie de l’Etat. L’État haïtien dépense l’équivalent de 90 dollars pour chaque enfant fréquentant une école publique ou semi-publique. Dans l’intervalle, nous dit Darline Alexis, les ménages consacrent plus de 46% de leur budget annuel pour permettre à leurs enfants de fréquenter des écoles sans garantie que l’éducation qu’ils vont y recevoir sera de qualité.

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