Home Infrastructure L’ÉTAT HAÏTIEN TOTALEMENT IMPUISSANT FACE À DIGICEL ET NATCOM !

L’ÉTAT HAÏTIEN TOTALEMENT IMPUISSANT FACE À DIGICEL ET NATCOM !

Tout journaliste digne de ce nom doit aider et contribuer grandement dans le cadre de la loi et de ses responsabilités à protéger les intérêts supérieurs de l’État en disant la vérité, ou autant de vérités qu’il peut trouver. Également en agissant non pas en tant qu’agent au service de groupes d’intérêts financiers particuliers, mais comme défenseur intraitable et farouche de l’intérêt collectif. C’est cela le vrai journalisme, le reste est spécieux et faux.

Face à une presse majoritairement aux mains des forces d’argent et de pouvoir, l’espace du journalisme indépendant visiblement se ferme et se rétrécit. Telle est la réalité observée dans les « négociations forcées » qui se déroulent depuis début janvier 2019 entre l’organe étatique régulateur sur le marché des TIC, le Conatel, et les deux opérateurs de téléphonie mobile : Digicel et Natcom, autour de l’exploitation de la 4G LTE et la mise en place d’un nouveau cadre légal.

La réalité et les faits

En septembre 2017, l’opérateur dominant, c’est-à-dire la Digicel, a suspendu unilatéralement les pourparlers engagés par le Conatel autour de la concession/exploitation de la 4G LTE et l’adoption du nouveau cadre réglementaire sur le marché des TIC, en conformité totale avec l’UIT et les pratiques internationales.

Le puissant PDG de la Digicel, Monsieur Maarten Boute, veut envers et contre tout maintenir le statu quo de la licence obtenue presque « gracieusement » il y a douze ans, représentant des impayés au fisc, totalisant plus de 300 millions de dollars. Un tel dossier est plus que révoltant, il est insoutenable dans le contexte sociopolitique et économique actuel, en référence à la dilapidation des 3,8 milliards de dollars des Fonds Petro Caribe. Sans oublier les dons de milliards de dollars de la CIRH faits à Haïti après le tremblement de terre de janvier 2010, bouffés par les Clinton et consorts.

À cela, il y a lieu d’ajouter au bénéfice de la Digicel et au détriment de l’État, plusieurs autres centaines de millions de dollars américains accordés en franchise douanière pour les équipements et matériels importés, les exonérations fiscales, le non-paiement des impôts/taxes sur le chiffre d’affaires (5 milliards de dollars américains), les revenus individuels et les bénéfices réalisés au cours des douze dernières années, le non-paiement des taxes prélevées à partir des appels entrants internationaux (PSUGO) et sur les transferts de la diaspora évalués annuellement à près de 3 milliards de dollars.

Cette situation vaut autant pour la Natcom, dans une moindre mesure. Il s’agit, tout compte fait, d’environ 2 milliards de dollars non versés au Trésor public par la Digicel et la Natcom depuis leur entrée sur le marché. Il est évident que ce crime financier contre l’État pénalise la majorité pauvre en proie à une misère infrahumaine, associée concomitamment à la décote continue et accélérée de la gourde (monnaie haïtienne) par rapport au dollar des USA pendant ladite période. Le stratégique marché des TIC en 2019, au 21e siècle (3e millénaire) évalué à plusieurs milliards de dollars est aujourd’hui sous contrôle étranger tant dans son universalisation/ développement et sa mise à contribution au profit de la majorité pauvre. L’État failli aurait détenu 40 % des actions de Natcom/ Téléco, n’en déplaise à la BRH et à Jean-Bertrand Aristide qui a bénéficié lors de l’argent de la Téléco, ciaprès NATCOM (12 janvier 2010) placé aux USA pour organiser avec Bill Clinton son retour en Haïti en 1994.

Enjeux et forces en présence

L’enjeu véritable serait le reformatage du paysage actuel médiatique haïtien vers la transition numérique à l’ère des NTIC, autrement dit, l’inadéquation de la « presse haïtienne analogique » en référence aux évènements politiques de 2004 face au numérique/Internet-réseaux sociaux, dans le processus politique à partir des années 2010 sous la présidence de Joseph Michel Martelly

La radiodiffusion commerciale analogique vers la transition numérique commerciale dans un nouveau cadre réglementaire recèle de puissants intérêts à cause de ses bouleversements dans l’exercice même du métier de journaliste ainsi que la gestion globale d’une station de radio et/ou de télévision.

Les opérateurs de téléphonie mobile, au premier chef la Digicel, maintiennent la pression sur le leadership actuel du Conatel pour s’accaparer à moindre coût l’exploitation de la 4G LTE par toutes sortes de montages/fake news précisément sur internet/ réseaux sociaux contrôlés par eux comme fournisseurs à l’ère du numérique/multimédia (texte, image et son). Mais les contrats de Digicel et Natcom arrivent à terme, en principe à la fin du mandat de Jovenel Moïse. Tout compte fait, le chef de l’État semble accorder beaucoup d’importance à ce secteur contrôlé de fait par le puissant PDG de la Digicel, citoyen haïtien, Monsieur Maarten Boute.

En guise de conclusion

Les circonstances historiques et politiques actuelles ne favorisent guère la défense réelle des intérêts supérieurs de l’État par un pouvoir politique plutôt affaibli face à de tels enjeux financiers dans un dossier aussi stratégique et sensible à deux niveaux différents et dont les intérêts s’entrecroisent dans un processus politique complexe et imprévisible. Les prochaines élections haïtiennes, en tout état de cause, seront fortement marquées par la mise à contribution active de l’Internet/ réseaux sociaux… via la Digicel et, pourquoi pas aussi, Natcom.

Jean Frantz LASERRE

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