Home Innovation Nous avons actuellement une chance singulière de repenser l’enseignement dixit António Guterres

Nous avons actuellement une chance singulière de repenser l’enseignement dixit António Guterres

Haïti possède de nombreux atouts, parmi lesquels sa géographie, son peuple et son histoire. Cependant, son passé marqué par l’instabilité politique, les troubles sociaux et les catastrophes naturelles n’a pas permis au pays de réaliser son potentiel. Haïti est aujourd’hui l’un des pays les plus pauvres et inégalitaires de la planète. Selon une enquête de 2012, environ 60 % de la population vivait dans la pauvreté et 24 % était extrêmement pauvre, soit respectivement 6,3 millions et 2,5 millions de personnes, la situation étant encore plus grave dans les zones rurales. Sur le front économique, la croissance moyenne du PIB a été faible, plafonnant à seulement 1,3 % entre 2015 et 2018. Outre l’instabilité politique et l’insécurité persistantes, les principaux freins au développement du pays sont un capital matériel et humain limité, une gouvernance et des institutions défaillantes et la fragilité du contrat social entre l’État et les citoyens.

Des chocs récurrents, qu’ils soient d’origine naturelle ou humaine, ont aggravé les multiples problèmes de développement d’Haïti et exacerbé les facteurs sous-jacents de la pauvreté. En 2016, l’ouragan Matthew, l’une des dernières catastrophes naturelles majeures qui ont frappé le pays, a fait environ 600 morts, affecté 2,1 millions d’habitants et causé des dégâts considérables dans la péninsule méridionale et dans le nord-ouest, entraînant une perte de 32 % du PIB haïtien. Avant cela, en 2010, un tremblement de terre avait tué environ 230 000 personnes, déplacé 1,5 million d’habitants et provoqué une chute de 120 % du PIB.

L’instabilité politique et les troubles sociaux persistants ont compromis les efforts de mise en place des mécanismes institutionnels et des fondements politiques nécessaires pour favoriser le progrès économique et social, perpétuant ainsi le cycle de fragilité et de violence dont souffre le pays.

Voici quatre faits importants à connaître pour mieux comprendre la situation de l’éducation en Haïti.

1. Presque tous les établissements scolaires d’Haïti sont gérés par le secteur privé

Au début des années 2000, environ 90 % des écoles étaient des établissements privés, pouvant être gérés aussi bien par des organisations religieuses que des institutions à but lucratif ou des organisations non gouvernementales.

« Si j’avais pu trouver la même opportunité dans un établissement public, je serais allé y travailler », indique Innocent Samuel, instituteur en 3e année. Or, les emplois dans les établissements publics sont rares et en général moins bien payés que dans le privé.

2. Les frais de scolarité appliqués par la plupart des établissements, un frein pour de nombreux Haïtiens

Gérées par des intérêts privés, ces écoles appliquent habituellement des frais de scolarité auxquels viennent s’ajouter les dépenses de transport, l’achat de manuels et de l’uniforme (obligatoire), ce qui empêche de nombreuses familles d’envoyer leurs enfants à l’école. 

À la Ruche enchantée, une école d’un quartier déshérité de la capitale haïtienne, les frais de scolarité vont de 127 dollars pour la 1ère année à 180 dollars pour la 6e année. C’est simplement le tarif officiel. Avant la mise en place du programme d’exemptions de frais, « les parents avaient beaucoup de mal à payer », explique Joelle Dalphe, qui a ouvert cette école avec sa sœur, en 1994. « Ils versaient rarement la totalité des frais ».

D’où ce programme d’exemptions de frais, lancé en 2007, avec l’assistance technique et financière de la Banque mondiale et de la Banque de développement des Caraïbes. Les établissements répondant aux conditions posées (comme le fait de détenir une licence octroyée par l’État) ont reçu une allocation de 90 dollars par an et par enfant — soit plus que les frais de scolarité estimés — afin de pouvoir couvrir aussi le matériel. Le programme couvre les enfants âgés de 6 à 8 ans entrant en primaire.

3. Les taux de scolarisation sont passés de 78 à 90 %

L’étude de la Banque mondiale révèle que, dans les écoles couvertes par le programme d’exemptions de frais, le niveau de scolarisation a progressé et, parallèlement, le niveau de recrutement du personnel. Même si toutes les dépenses annexes (comme l’achat d’uniforme) n’ont pas disparu, la charge financière a été allégée.

Joëlle devait prendre un second métier pour maintenir les finances de son établissement à flot. Désormais, elle peut se consacrer à plein temps à la Ruche enchantée. 

4. L’ exemption de frais de scolarité peut aider les enfants à être dans une classe appropriée pour leur âge

En 2003, l’âge moyen des enfants scolarisés en 6e année était de 16 ans, alors qu’il n’aurait pas dû dépasser 11 ou 12 ans. Cela s’explique par le poids des frais de scolarité pour les familles démunies, qui parvenaient à scolariser un enfant pendant certains mois ou années où ils pouvaient payer les frais.

L’étude de la Banque mondiale a constaté que, dans les écoles participant au programme d’exemptions de frais, davantage d’enfants sont scolarisés dans une classe correspondant à leur âge.

Joseph Woaly, lui, a « achevé ses études primaires à 17 ans et ses études secondaires à 25 ». « Lorsque les parents n’ont pas à payer tous les mois ou tous les trimestres, les enfants progressent bien plus rapidement ».

Le financement public d’établissements privés se justifie dans des pays comme Haïti ou autres pays avec un profil similaire. L’étude conclue que le succès du programme renforce l’idée que le financement public de services non publics est une option viable et prometteuse pour assister les enfants exclus du système. 

C’est de bon augure pour la scolarisation de plus d’enfants à temps jusqu’à la fin du cycle. 

L’éducation est la clef du développement personnel et de l’avenir de nos sociétés. 

Elle ouvre des possibilités et réduit les inégalités. 

C’est le socle de sociétés éclairées et tolérantes, ainsi qu’un des principaux moteurs du développement durable. 

La pandémie du COVID-19 a bouleversé l’éducation comme jamais auparavant.  

À la mi-juillet, plus d’un milliard d’élèves avaient été touchés par la fermeture des écoles dans plus de 160 pays. 

À travers le monde, 40 millions d’enfants d’âge préscolaire n’ont pu bénéficier d’une première année d’éducation pourtant si importante. 

Les parents et notamment les femmes ont dû assumer le lourd fardeau d’avoir à s’occuper des enfants à domicile. 

Même si l’enseignement a continué par radio, par télévision ou en ligne, et malgré la mobilisation des enseignants et des parents, beaucoup d’élèves n’étaient pas connectés. 

Les apprenants handicapés, les membres de minorités ou de groupes défavorisés, les déplacés ou réfugiés ou ceux encore vivant dans des zones reculées courent le plus grand risque d’être laissés-pour-compte. 

Même ceux qui ont accès au téléenseignement ne sont pas certains de réussir, du fait de leurs conditions de vie et notamment de la répartition équitable des tâches ménagères.

La crise de l’apprentissage nous menaçait déjà avant la pandémie. 

Plus de 250 millions d’enfants en âge d’aller à l’école n’étaient pas scolarisés. 

Dans les pays en développement, seul un quart des élèves sortait de l’école secondaire en ayant acquis des compétences de base.

Nous sommes désormais face à une catastrophe qui touche toute une génération et risque d’empêcher l’humanité d’exploiter un énorme potentiel, de compromettre des décennies de progrès et d’aggraver encore des inégalités tenaces. 

Les répercussions de cette crise sur la nutrition des enfants, sur le mariage d’enfants et sur l’égalité des genres, entre autres, sont très inquiétantes.

C’est dans ce contexte que s’inscrivent la note de synthèse que je lance aujourd’hui et la nouvelle campagne mise en place avec des partenaires dans le domaine de l’éducation et des organismes des Nations Unies, qui s’intitule « Sauvons notre avenir ». 

Nous sommes à un tournant décisif pour les enfants et les jeunes du monde entier. 

Les décisions que les gouvernements et leurs partenaires prennent aujourd’hui auront des effets durables sur des centaines de millions de jeunes et influenceront les perspectives de développement des pays pendant des décennies.

Dans cette note de synthèse, nous préconisons des mesures dans quatre domaines prioritaires.

Premièrement, rouvrir les écoles.

Lorsque la transmission du COVID-19 à l’échelle locale sera jugulée, il faudra donner la priorité absolue au retour des élèves dans les écoles et autres centres d’enseignement dans les meilleures conditions de sécurité possibles.

Nous avons publié des orientations pour aider les gouvernements dans cette entreprise complexe. 

Il sera essentiel de soupeser les risques pour la santé et ceux pour l’éducation et la protection des enfants, en tenant compte des effets sur la participation des femmes au marché du travail. 

Il sera indispensable de consulter les parents, les soignants, les enseignants et les jeunes. 

Deuxièmement, donner la priorité à l’éducation dans les décisions financières. 

Avant la crise actuelle, le déficit de financement en matière d’éducation dans les pays à revenu faible ou intermédiaire était déjà de 1 500 milliards de dollars par an.

Depuis, ce déficit s’est creusé.

Il faut préserver et augmenter le budget alloué à l’éducation.

L’éducation doit être placée au cœur de l’action de solidarité internationale, à savoir la gestion de la dette, les plans de relance économique, les appels humanitaires mondiaux et l’aide publique au développement.

Troisièmement, cibler les personnes les isolées.  

Il faut concevoir des initiatives dans le domaine de l’éducation qui bénéficient aux personnes les plus à même d’être laissées de côté : celles en situation d’urgence ou de crise, celles qui font partie de minorités, celles qui sont déplacées ou handicapées. 

Il faut au cours de ces initiatives tenir compte des difficultés particulières que connaissent les filles, les garçons, les femmes et les hommes, et combler d’urgence le fossé numérique. 

Quatrièmement, bâtir aujourd’hui l’avenir de l’éducation. 

Nous avons actuellement une chance singulière de repenser l’enseignement.

Nous pouvons adopter des systèmes prospectifs, qui permettront d’offrir à tous une éducation de qualité et serviront de tremplin à la réalisation des objectifs de développement durable. 

Pour cela, nous devons investir dans le numérique et dans les infrastructures, enseigner aux élèves comment apprendre, revitaliser l’apprentissage tout au long de la vie et renforcer les liens entre éducation formelle et non formelle. 

Nous devons aussi exploiter des méthodes d’enseignement plus souples et les nouvelles technologies, tout en modernisant les programmes scolaires et en fournissant un appui constant aux enseignants et aux communautés.

Au vu d’inégalités insoutenables, nous avons besoin plus que jamais de l’éducation et de son grand pouvoir de mettre chacun sur un pied d’égalité.

Il nous faut prendre immédiatement des mesures audacieuses pour créer des systèmes éducatifs de qualité, inclusifs et résilients, adaptés aux exigences de demain. 

https://www.banquemondiale.org/fr/news/feature/2015/03/12/four-things-you-need-to-know-about-education-in-haiti

https://www.gettyimages.com/photos/haiti-un-education-students?mediatype=photography&phrase=haiti%20un%20education%20students&sort=mostpopular

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